Compte-rendu du spectacle du 9 octobre 2020 "Curé le jour, athée la nuit"

Ce vendredi 9 octobre, la Maison de la Laïcité d’Andenne, en collaboration avec le Centre culturel d’Andenne, a proposé le spectacle « Curé le jour, athée la nuit » de Jean-François Jacobs avec Alexandre von Sivers dans le rôle de Jean Meslier et Serge Deruette pour la contextualisation historique. Organisé au Centre culturel, la salle a accueilli plus de 150 – courageux - spectateurs dans le strict respect des règles sanitaires en vigueur.

Ce spectacle invitait le public à une rencontre avec le bon abbé Meslier (1664-1729), curé d’Étrépigny dans les Ardennes françaises. Un curé résolument en avance sur son temps car athée et révolutionnaire. Alexandre von Sivers, dans un exceptionnel monologue basé sur le mémoire de l’abbé et adapté par Jean-François Jacobs, nous a plongés dans sa pensée si vivante, lucide et tellement porteuse de sens encore de nos jours. Serge Deruette, spécialiste de Jean Meslier, a guidé les spectateurs dans ce voyage en précisant le cadre historique et en dévoilant, de cette manière, toute la portée des réflexions de Jean Meslier.

Compte-rendu de la conférence du 18 septembre 2020 "Regards croisés sur la Laïcité institutionnelle"

Nadia Geerts, essayiste et philosophe, et Caroline Sägesser, historienne et chercheuse au CRISP, dans un jeu d’interventions et de répliques, se sont concentrées sur 4 thèmes suffisamment parlants pour illustrer la situation des deux pays et mettre en exergue ce qui distingue mais aussi ce qui rassemble : neutralité/laïcité, le financement des cultes, le port de signes convictionnels et les abattages rituels.

Nadia débute sur le premier sujet en rappelant que, pour elle, la Laïcité est comprise dans la neutralité. On peut envisager la neutralité de deux manières : la version française qui s’exprime par la séparation des églises et de l’État et consiste à ne rien reconnaître et la version anglo-saxonne qui reconnaît tout. On peut s’interroger sur les critères de reconnaissance et pousser l’absurde jusqu’au Pastafarisme. La Belgique, à mi-chemin entre la version française et anglo-saxonne, ne définit pas ce qu’est la neutralité. Caroline indique que le mot Laïcité se traduit mal en néerlandais bien que le terme Laiciteit ait fait son apparition. La Laïcité repose sur deux piliers : l’égalité des droits et la séparation des églises et de l’État. Pour Caroline, cette dernière est dépassée et il faudrait davantage parler d’inscrire l’église dans l’État. Il n’y a pas beaucoup de différences entre la Belgique et la France car il faut bien distinguer les principes et les faits. La Belgique est un état laïque car on ne parle pas de Dieu dans la Constitution et il existe une tradition de Laïcité.

Caroline enchaîne sur la question du financement des cultes en Belgique, héritière du système concordataire. On retrouve ce financement partout de la rémunération des ministres du culte à l’entretien des bâtiments. Elle note aussi que la laïcité organisée est financée sur le même principe. Pour Nadia, les principes sont importants même s’ils ne sont pas respectés. Il manque, en Belgique, l’expression claire de ce principe qui permettrait de s’y raccrocher quand c’est nécessaire. En ce qui concerne l’entretien des bâtiments, Nadia attire l’attention sur la distinction difficile entre ce qui relève du culte et ce qui relève de la culture. Il existe l’idée d’un impôt dédicacé mais il pose la question du respect de la vie privée et cela reste, de toute façon, un financement public du culte.

Nadia identifie quelques lieux où le port de signes convictionnels est problématique. L’école doit être préservée du religieux et laisser ainsi la liberté d’esprit aux enfants. Dans la fonction publique, on serait en droit de douter de l’impartialité du fonctionnaire si ce dernier exprimait de manière ostentatoire une conviction qui pourrait être source de problèmes dans certains domaines comme par exemple le mariage homosexuel. Les assemblées représentatives ne devraient pas être le lieu de l’expression ostentatoire des convictions car on y représente tout le monde. Caroline admet que les risques de contradiction sont réels dans de nombreux domaines comme l’IVG et que la conviction religieuse est davantage protégée par rapport à d’autres. Il y a cependant des dérives discriminatoires comme dans le cas de l’encadrement scolaire où des mères voilées se sont vues refuser la possibilité d’accompagner des groupes scolaires. Caroline constate qu’on débat beaucoup sur le foulard mais on pourrait parler aussi des barbes salafistes et puis qu’est-ce qu’un signe ostentatoire ?

En matière d’abattage rituel, il y avait déjà dans la tradition, comme le rappelle Caroline, un souci du bien-être de l’animal mais le législateur est allé bien plus loin de nos jours. L’avocat-général de la CJCE, Gerard Hogan, dans un récent avis, défend l’exception religieuse telle que voulue par le législateur européen. Il est certain que le bien-être animal est confronté au respect de la liberté religieuse. Nadia ne comprend pas pourquoi il devrait exister une exception religieuse.

 

 

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